Déjà Fini

Ça a basculé d’un coup. On a passé tout l’été à crever de chaud, à flipper du réchauffement climatique, à ne même pas vraiment profiter du soleil et de la lumière car c’était « trop », à étouffer et à se demander quand est-ce que ça s’arrêtait. À peine ouverts, les volets déjà refermés, à anticiper dès le lever, la nuit qu’on allait passer entre les packs de glace à même les draps et le ventilo qui brassait la torpeur moite de la chambre.

Et puis un matin, 2 jours avant l’équinoxe, assise sur la pierre à caresser ma chienne en buvant mon thé, je me suis rendu compte que tout était silencieux. Rien. Pas un bruit. Tout semblait encore endormi alors que la matinée, elle, était déjà bien avancée. L’air était légèrement plus frais. Mais à peine en fait. Juste cette sensation de vide dans l’espace habituellement rempli de doux chuchotis et autres sifflements.

Les oiseaux se sont faits la malle. Et les insectes aussi.

Mes petites abeilles qui ont élu domicile ce printemps dans un trou du mur en pierre de ma maison se font bien timides. Terminé le ballet de récolte du pollen. Seules quelques unes s’aventurent encore dehors, frêles vigiles et derniers remparts devant d’insistants frelons que le changement de saison ne semble pas refroidir.

J’avais bien remarqué quelques jours avant, les assemblées d’hirondelles sur les fils électriques, mais toute à mon déni, je n’avait pas réalisé que c’était les grandes réunions d’avant départ.

« Bon Michel, t’as bien checké ta mise à jour GPS ? Non parce que faudrait pas qu’on se retrouve en Alsace comme l’an dernier hein ! On va encore tomber dans les embouteillages de cigognes, et tu sais comme elles sont relous à choper tous les ascendants ! Toi Paulette tu gères le ravitaillement cette fois ? Vérifie bien la disponibilité des nichoirs de jardin, si c’est bien approvisionné en eau. Tu partiras en éclaireuse. Et toi Robert, pense à mettre ton putain de réveil ! Hors de question de décoller à 10h30. C’est 6h, et sans discussion, tant pis si t’as pas eu le temps de te lustrer les ailes ! »

Les discussions en pépiements ont pris fin dans la plus grande des discrétions et je regarde un ciel vide.

J’entends juste encore quelques disputes de choucas au fond du jardin, qui doivent s’engrainer pour une vieille pomme de pin.

Les arbres se donnent encore des airs d’été, les feuilles dorées se font timides sur le sol, mais d’ici quelques jours, ils ne feront plus illusion et ça craquera sous mes pas quand j’irai ramasser du petit bois pour les premiers feux de la saison.

Et puis je sortirai les voiles d’hivernage en faisant une prière secrète à la nature pour que mon mimosa ne souffre pas trop du gel et que les agapanthes ne crèvent pas.

La chienne, toute à mes caresses, me gratifie d’un ronflement sonore et baveux sur ma cuisse. Mon thé est froid.

L’effervescence estivale est retombée. Tout est calme, et comme moi, peine à sortir du sommeil.

Mince. C’est passé si vite.

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