Ecuyère-écrivain

Moi, chevauchant fièrement ma première monture, Méludine.

Ce qui est absolument génial avec l’enfance, c’est qu’il n’existe de limites que celles que nous mettent les adultes. Mais pour nous, en tant qu’enfant, tout paraît possible, la vie est libre et sans obstacles, et les possibilités de notre destinée sont infinies. Au delà de l’aventure que représentera le prochain samedi à passer à la piscine avec les copaines, ou les vacances d’été, on rêve déjà d’être adulte pour pouvoir enfin être et faire ce que l’on veut (aïe! et c’est là la plus grosse arnaque de notre enfance, on va pas se mentir!)

Mais comme on n’a pas encore conscience de cette escroquerie à échelle mondiale, alors en attendant on peut complètement être pirate, chercheur d’or, astronaute, médecin-géomètre, boulangère-marionnettiste (true story, c’était le métier de rêve d’une copine quand elle avait 4 ans), sauveteur d’animaux sauvages, ou, dans mon cas, écuyère-écrivain.

Ma vocation première s’est malheureusement heurtée à la rationalité butée de mon grand-père, qui après une série de gromelots outrés en me tournant le dos, a demandé à mes parents ce qui avait bien pu me mettre cette idée saugrenue en tête, alors qu’une carrière dans les assurances, ça c’était l’avenir! J’ai été extrêmement vexée de cette réaction incompréhensible (il aurait, à mon sens, dû être transporté par cette ambition prodigieuse qu’avait, à l’âge de 6 ans, sa petite-fille passionnée de livres), et durant le trajet du retour j’ai demandé très sérieusement à mes parents ce qui m’avait valu une telle rebuffade de la part de quelqu’un qui avait pourtant une bibliothèque si fournie et une multitude de photos de ma grande soeur montant à cheval. Mes parents, gênés que l’aïeul ait pu remettre en question ma saine aspiration, m’ont répondu succinctement qu’il avait certainement pensé que cette proposition de métier n’était pas très sérieuse.

Elle l’était pour moi, et bien que mon père et ma mère aient toujours refusé que je parte voler de mes propres ailes avec un cirque dès ma prime enfance (je me suis plus ou moins vengée par la suite en me faisant saltimbanque et nomade une fois adulte), ils m’ont toujours encouragée à écrire, croyant parfois plus que moi en ce que je pouvais produire d’histoires. Peut-être même ma mère a-t-elle gardé dans ses archives mon premier (et unique) livre, un album illustré sur la vie de notre doberman, au feutre, manuscrit, et richement relié à l’agrafeuse. (Oui c’est sarcastique).

Bref, me voilà quelques mille ans (c’est mon impression) plus tard à décider, mille ans également après tout le monde, à me lancer dans la rédaction d’un blog, alors même que je suis une maxi-quiche en informatique (oui, même pour un blog) et que les derniers à avoir utilisé ce support devaient danser sur de la tecktonik. Mais je voulais pouvoir écrire à ma guise, sans être soumise à aucun algorithme, un peu à l’abri de la vitesse et du consommable des réseaux, avec une impression de moins de violence et de plus de liberté. Alors voilà. Je ne sais pas si écrire suffit à faire de moi une autrice ou une poétesse mais il me plaît de pouvoir enfiler de nouveau mon costume chatoyant d’écuyère-écrivain de manière plus « publique » mais non moins intime.

Je publierai des textes en fonction de mes envies du moment. Des choses récentes ou non, poétiques ou prosaïques, le fil de mes pensées, des expériences, des bouts de fictions qui clapotent aux limites de ma conscience, des éclats de ma vie en perpétuel changement, qui ondoie, évolue, se dépouille…

De ma vie qui mue.

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